Je voudrais tout d'abord remercier les principaux organisateurs de cette manifestation:
- Nicolas Desfachelle, à l'origine de cette rencontre avec l'aide de toute son équipe de l'association AGORA qui veut agir pour la citoyenneté.
- Les maires Annie Cardon et Jean-Pierre Deleury pour les contributions de leurs villes.
- Carmen Belguedj en charge du relais régional d'information de la Commission européenne.
- Je n'oublie pas la famille Zanuttini et son buffet européen made in Italie.
Merci donc Nicolas, de nous inviter à fêter en ce 9 mai, le discours fondateur de l'Europe.
Je me souviendrai toujours d'une réflexion de ma fille, il y a quelques années. Pour Juliette, adolescente, le 9 mai c'était le 14 juillet des Européens.
J'ai trouvé l'expression pertinente car si la prise de la Bastille annonçait la République, le discours de Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères, annonçait l'Union.
Je vous rappelle qu'hier c'était le 8 mai, la fin de la 2ème Guerre mondiale.
Ce 9 mai 50 a jeté les bases d'un nouveau territoire et d'une nouvelle Histoire. Ensemble, ils vont terrasser pour toujours les tragédies et les guerres en transformant
Les champs de batailles en champs de blé,
Les ennemis en amis,
Les conflits en conseils des ministres et
Les frontières en institutions.
Cette fête est importante car, dans 50 ans, on se souviendra encore du 9 mai 50, mais on aura oublié le 29 mai, jour anniversaire d'un référendum au cours duquel une majorité de Français a dit "non" à la Constitution.
Ce 29 mai bien sûr, n'effacera jamais le 9 mai mais il explique la forme interrogative du carton d'invitation.
L'avenir de l'Europe appartient à ses citoyens et à leurs représentants tout autant qu'à ses dirigeants. Voilà pourquoi il faut continuer à renforcer le rôle des eurodéputés vis-à-vis des Chefs d'Etat ou de gouvernement. Ces derniers confondent de plus en plus souvent leurs problèmes intérieurs avec les problématiques de l'Union.
Je regrette que la France ait dit "non" mais pourquoi les Français auraient-ils dit "oui"? Je suis moins étonné que la France ait dit "non" quand des jeunes femmes brillantes comme mon amie Kathy, n'ont pas pu dire "oui" à la Constitution.
Il n'y aura pas d'avenir pour l'Europe tant que les générations nouvelles sont étrangères à une Europe nouvelle. Alors, au lieu d'annoncer un avenir, construisons-le.
Finalement, le résultat du référendum n'est pas si étonnant quand on constate :
- Le manque d'information et de confrontation des gens sur l'Union,
- Le comportement européen catastrophique de nos gouvernants,
- Le refus d'engager un débat de fond sur la relation entre une France de 60 millions de Gaulois et une Europe de 25 ou 30 pays avec 500 millions d'habitants.
L'Europe sera plus pragmatique qu'historique, plus stratégique que politique et plus citoyenne qu'élyséenne car elle est parlementaire et non pas présidentielle.
Chers amis, n'oublions jamais que seule la France est représentée dans les instances communautaires par un président, autrement, ce sont les 1ers ministres en liaison directe avec leurs parlementaires.
La France est une nation, l'Europe une région; la France est une patrie, l'Europe un pays; la France est une République et l'Europe est avant tout démocratique. L'Europe sera celle de Nicolas, de Kathy et de Carmen, bref de chacun d'entre nous.
Depuis Bruxelles, Londres, Milan, Budapest, Rome, Varsovie ou Madrid, les femmes et les hommes regardent l'Union comme une communauté qui se fait au quotidien quand Paris voudrait la conceptualiser en européanisant ses habitudes et ses pratiques.
Progressivement, l'Europe sera en France ce que les gens, les associations féminines, les entreprises, les universités, les lycées, les provinces en feront à l'instar des autres Européens.
Autrement dit, nous, héritiers du 14 juillet, sommes-nous prêts à distinguer notre Histoire et nos traditions, de l'Histoire d'un territoire qui est né le 9 mai 50 ?
Personne n'est habilité à répondre à la question posée par le carton d'invitation sur l'avenir de l'Europe. En revanche, ensemble nous pourrons définir son destin avec nos collègues des autres villes de l'Union ou de leurs quartiers, qui se prénomment Saint Nicolas, par exemple.
On peut faire l'Europe sans défaire la France car la constitution d'un continent et d'une communauté n'est pas le prolongement de notre Hexagone et de ce que nous sommes.
Pour conclure mon propos, je crois vraiment que l'Europe a un avenir mais qu'il faut l'écrire à la lumière des enjeux communs et non en fonction de notre passé et de nos mentalités.
L'Union ne sera jamais la France en plus grand. L'Europe est ce que les Hommes ont fait de mieux depuis des centaines d'années pour garantir la paix, représenter un continent sur la scène internationale et offrir à 500 millions d'individus des opportunités professionnelles et personnelles.
En effet, l'Europe ce n'est pas que des patries ou des produits. Son avenir dépend avant tout d'un état d'esprit et non pas de l'esprit d'un Etat, fut-il le centre du monde.
Cet état d'esprit a été merveilleusement formulé par Robert Schuman le 9 mai 50. Voyons aujourd'hui comment nous formulons ensemble un avenir en le conjuguant en européen et non pas en français puisqu'il s'agit de l'avenir de l'Europe et non pas de la France.
Inutile d'opposer les pro et les anti Européens. En revanche, multiplions les confrontations à travers des d'initiatives comme celle de ce soir, créée par Nicolas, le relais européen et vous tous.
Cela nous permettra de penser à l'avenir de l'Europe
En prenant plaisir à dessiner, comme les enfants de Saint Nicolas, notre devenir commun qui, sûrement, débouchera sur le besoin d'une communauté,
En prenant plaisir à déguster les savoirs faire, par exemple culinaires des autres. Ce sont des morceaux d'avenir bien plus utiles, plus amusants et bien plus concrets que les disputes à propos d'une Constitution.
Je vous remercie de m'avoir écouté.
Michel Leblanc
Président du relais régional d'information de la Commission européenne
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