"mais d'autres feuilles se noirciront
d'une encre plus liquide que le sang et l'eau des fontaines ?"
(Robert Desnos Buchenwald 1944)
Il peut paraître dérisoire, alors que nous subissons les inquiétudes d'un changement d'époque, les
affres d'un très probable bouleversement planétaire, de nous préoccuper de ce que d'aucuns considèrent comme un aimable divertissement, destiné à contenter la vanité naissante de jeunes prodiges aux parents attendris ou à gonfler l'ego de barbons décadents qui font des vers comme s'ils se soulageaient d'un besoin naturel. Certes, si l?image est provoquante, elle se fait pourtant l'écho de considérations largement répandues par tous ceux-là qui, victimes serviles ou profiteurs sans scrupules, n'ont de cesse aujourd'hui que de propager le culte de l'argent et n'ont pour toute raison de vivre que la satisfaction immédiate de leurs désirs. Autrement dit le seul objectif de ces grands "manitous" (ils sont cinq cents qui gèrent 52 % des richesses mondiales ! les trop célèbres multinationales !) et de leurs nombreux affidés serait de propager une culture de la consommation, c'est à dire l'inculture qui anesthésie les peuples, pour mieux les dominer. Voici revenu le temps d?une féodalité sournoise devant laquelle nous devons nous plier pour survivre ! On ne peut, bien sûr dans ce contexte comprendre un Baudelaire qui affirmait, alors que sévissaient misère et famine, que « la poésie était plus vitale que le pain ». A plus forte raison, on ne comprendra pas un Lorca, poète engagé contre le franquisme qui estimait que la culture, et en particulier la poésie, plus que le pain, était le seul moyen efficace pour sortir un peuple de la misère et de l'aliénation. Et pourtant, on ne peut ignorer, malgré la dureté du quotidien, et même si, paradoxalement, c'est un " vendeur de chocolat" qui utilise cette expression comme slogan publicitaire télévisuel, qu'"un peu de poésie est nécessaire dans un monde de brutes" pour ouvrir un espace de paix, de trêve hors du temps, un espace qui pourrait nous faire espérer le bonheur. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : l'Espoir! Et si l'on regarde l?histoire de notre humanité c'est bien ce qu'ils ont offert aux peuples, les poètes des grandes tempêtes et des cataclysmes : l'Espoir ! Dans tous les pays du monde, ils furent au coeur de la révolte contre la misère, contre les guerres, contre les tyrannies?je pense en particulier aux poètes de nos révolutions, à ces centaines de poètes de la Résistance et des camps de concentration, je pense à Desnos mort en déportation à Terezin le 8 juin 1945?
"il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
d'être l'ombre qui viendra et reviendra
dans ta vie ensoleillée "
(dernier poème de Desnos)
Oui, les poètes sont encore là, aujourd'hui, dans tous les pays du monde, alors que des peuples souffrent et luttent contre l'oppression et l'obscurantisme ; ils sont encore là chez nous, en Europe, en France, alors que nous sommes dans le doute, prisonniers de la peur du lendemain, ils sont encore là, pour nous éclairer et nous amener à réfléchir, à réagir contre ce qu'on croit être une banalité du quotidien, pire, une fatalité. Non, sur leur front vous ne verrez pas gravée la formule miracle "vu à la télé". On n?achète pas un poète. Il n'est pas vendable. Alors certains s?en moquent ! "Il n'est pas de ce monde : c'est un rêveur ! " Et en plus, il est libre ! Quelle faute ! Quelle hérésie dont il faut se méfier : Il est lui même !
« Etre soi-même », tel est le conseil que donnait déjà Paul Verlaine, le ROSATI, aux jeunes poètes venus le consulter. " Etre soi-même ", voici un précepte qu'il est bien difficile d?appliquer, alors qu?autour de nous, on cueille les fleurs vénéneuses du mensonge, qu?on en fait de très spectaculaires bouquets pour des commémorations théâtralisées, sans compter les fleurs artificielles que l ' on voudrait nous présenter comme les vraies roses de la vie.
"Etre soi-même", ce n'était déjà pas facile à l’époque de Verlaine, ça l’est encore moins aujourd'hui alors que, quoi qu’on fasse, le sésame du bonheur se confond avec la clef du profit : d’abord " plaire pour se vendre ", qu'importe s'il faut être hypocrite ! Pourtant, "Etre soi- même" c'est refuser de se laisser bercer par les professionnels de l'imposture (savoir dire non, par exemple, à la "télé poubelle" et à ses inepties, dire non à la bêtise même si on insinue qu’elle est reposante pour l’esprit et divertissante). Etre poète c'est ramer courageusement à contre courant !
Je l'ai bien vu ce courage naissant chez les jeunes poètes de nos concours de poésie, ceux des Rosati, ceux des Droits de l'Homme, ou encore ceux, par exemple, de cet atelier d’écriture organisé autour de la Libération des camps de 1945. Il en est bien d’autres …
Modestement, en écrivant quelques mots, ces jeunes et ces moins jeunes, apprennent à porter cette lumière nécessaire. Il faut les en remercier, il faut remercier ceux qui les guident, encourager ceux qui cherchent à nous faire comprendre qu'en apprenant à écrire un poème on aura un jour envie de relire tous ceux-là qui ont forgé notre humanité et partant, peut-être, comprendra-t-on mieux le monde dont l’évolution nous inquiète aujourd’hui, pour mieux affronter les changements.
Et si cet infime ruisselet d'encre sur la page blanche paraît bien dérisoire à côté des flots gigantesques du pétrole, ou ceux non moins lucratifs des images de « l’audimat », il est bien certain que celui là ne tarira jamais !
Dès l’enfance, pour peu que l’on veuille bien accepter que l'Homme n’est pas un monstre, un peu de poésie se niche au cœur de chacun d’entre nous. C'est un gène fondateur de notre humanité. Il suffit de prendre la plume et de la laisser librement s’envoler. Ce n'est pas un jeu d’enfant c'est une libération, c'est un geste de lutte et de fraternité.
"Nous ne vous parlons pas de nos souffrances mais de notre espoir,
Au seuil du prochain matin nous vous donnons le bonjour,
A vous qui êtes proches et, aussi à vous
Qui recevez notre vœu du matin
Au moment où le crépuscule en bottes de paille entrera dans vos maisons.
Bonjour de bon cœur et de tout notre sang… "
(DESNOS,poèmes de la clandestinité 1944)
Jean-Claude VANFLETEREN
Directeur des ROSATI
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

et fonctionne toute l’année. Elle agit en collaboration avec le C.C.A.S. de la commune et celle de la Banque Alimentaire de Harnes qui fournit en grande partie et à prix modique les denrées (surgelés, produits frais, lait, pâtes, conserves, etc.). Cette aide concerne 150 familles. (soit environ 450 personnes)
700 000 bénéficiaires - 470 000 donateurs - 40 000 bénévoles
Le point de vue du Centre d’Information des Droits des Femmes et des Familles d’Arras sur l’égalité salariale entre les femmes et les hommes
Commentaires