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Samedi 5 novembre 2005 6 05 /11 /2005 00:00

Parents, enseignants, éducateurs, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’opportunité d’une scolarité précoce, à un moment où les pouvoirs publics suppriment de plus en plus l’entrée en maternelle à 2 ans.

 

La question est plutôt de savoir quelles conditions faut-il réunir pour leur permettre de s’épanouir ? Souplesse d’organisation, présence des parents… répondent les professionnels.

 

Actuellement, un tiers des enfants sont scolarisés à 2 ans : cette pratique, née des années quatre-vingt-dix, faisait le pari de pallier les inégalités sociales et de favoriser la réussite scolaire pour tous. Quinze ans plus tard, le constat est mitigé et la réalité est moins idyllique !

 

Contrairement à ce que pensent parfois les parents, l’école maternelle n’est pas le prolongement de la crèche, encore moins de l’assistante maternelle… que dire de ceux qui sont restés au sein du cocon familial.



En effet, l’enfant « bascule » d’un univers protégé à une classe de vingt à trente enfants gérée par une ou deux personnes. Il découvre l’obligation de faire telle ou telle activité ; si en plus, sa journée se combine avec les structures annexes : garderie, cantine, alors elle devient particulièrement harassante pour des petits de 3 ans et à fortiori pour des tout-petits de 2 ans qui ont rarement la maturité et le développement psychomoteur suffisants pour affronter les aspects directifs et contraignants de la classe. Aussi, n’est-il pas rare de rencontrer des enfants agités, remuants, parfois violents mais aussi qui s’ennuient, parce qu’ils ne comprennent pas le système qui leur est imposé. Comme le dit si justement Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, nous ne sommes pas tous égaux face aux difficultés : « parce que nous n’évoluons pas dans le même contexte, on réagit différemment en fonction de son tempérament, du milieu affectif dans lequel on baigne au cours des premières années, de l’environnement soutenant ou non, qui nous entoure ensuite. »



Faut-il pour autant en déduire hâtivement que l’école n’est pas destinée aux tout-petits de 2 ans et cautionner ainsi les fermetures drastiques de classe ? Les mères qui travaillent, doivent-elles culpabiliser ? La réponse aux deux questions est : certainement pas !

 

Cependant, l’intérêt de l’enfant nécessite que l’on s’interroge sur la multiplicité  de structures adaptées et coordonnées entre elles : crèche, halte-garderie, ludothèque, école maternelle devraient vivre en liaison permanente. Personnel de petite enfance, éducateurs de jeunes enfants, psychologues, professeurs doivent travailler de concert pour accompagner l’enfant et ses parents dans cette phase si décisive. Pour le moment, soit ces structures sont rares, soit elles existent mais ne font que cohabiter plutôt que de mutualiser leurs savoirs. On pourrait aisément concevoir une organisation toute en souplesse où, par exemple, l’enfant alternerait halte-garderie et école maternelle, selon ses besoins ; ceci en accord avec les professionnels de la petite enfance et les parents.


Pourtant, l’école ne peut réussir à elle seule sa mission d’éducation : elle a besoin de l’implication des différents acteurs, au premier rang desquels les parents. La durée quotidienne des cours n’étant que de six heures, l’essentiel de la journée se situe donc hors du temps scolaire ; principalement avec la famille, dans une moindre mesure avec les structures parascolaires. Il est donc fondamental d’ouvrir davantage les portes de l’école afin que les parents lui reconnaissent toute son importance et qu’ils s’impliquent dans la vie scolaire ! Force est de constater que : « l’école intéresse beaucoup… les rares personnes qui la connaissent. » (F. Dolto). Pour les autres qui, parfois pour s’être éloignés trop tôt d’un système éducatif discriminant, sont restés en conflit avec lui à l’âge adulte, l’école apparaît telle une forteresse inaccessible avec un jargon déconcertant, voire incompréhensible !


Il leur faut donc se l’approprier et se la réapproprier ; il y va de l’intérêt de tous, en particulier des jeunes enfants… élèves en devenir… si on leur transmet la valeur de l’école.

 


Astrid Savary

Enseignante

Par APC VAL DE SCARPE - Publié dans : AGORA LE JOURNAL
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